Objectif macro à moindre frais

La macrophotographie ouvre les portes d'un monde fantastique. Un monde où chaque insecte prend des allures d'extra-terrestre, où chaque fleur devient un paysage baroque, où chaque élément de notre quotidien prend une nouvelle dimension inattendue. Mais il est difficile d'accès. Pas forcément pour des raisons techniques, mais pour des raisons financières: Un bon objectif dédié à la macro coûte cher, et il est délicat de savoir sans s'y essayer si le plaisir procuré par cette activité mérite un tel investissement. Ca m'a longtemps freiné, et c'est pourquoi avant de casser ma tirelire pour m'offrir un superbe objectif macro, j'ai commencé par le bricolage décrit ci-dessous, qui permet de faire ses premières armes en macrophotographie à moindre frais.

Principe

Le principe de base, c'est de fixer deux objectifs tête bêche (lentille frontale contre lentille frontale). Le premier doit possèder une bague adaptée à votre boitier afin de pouvoir s'y connecter. Suivant le boîtier, il peut même être avantageux qu'il soit relativement récent afin de conserver un maximum d'automatismes. Mon Nikon D70, par exemple, accepte les objectifs anciens, mais seulement en mode manuel (MAP, mais surtout exposition). Le second en revanche peut être quelconque: Très ancien, d'une autre marque (éventuellement défunte), etc...

Ce deuxième objectif peut donc être acquis pour quelques euros. En effet, on trouve, en cherchant un peu dans les dépôt-vente ou les vide-greniers, des trésors d'optiques anciennes pour une bouchée de pain. Cela permet de faire toutes les expériences que l'on souhaite sans trembler à l'idée de déteriorer le bijou de technologie nipponne valant son pesant de diamant que l'on vient de s'offrir.

Du choix des objectifs

Le premier objectif (celui qui sera connecté au boîtier) doit préférentiellement avoir les caractéristiques suivantes:

  • Etre mécaniquement et électroniquement adapté à votre boîtier
  • Etre d'une focale assez élevée, mais pas trop quand même. La principale raison, c'est que si on utilise un grand angulaire, le deuxième objectif sera "forcément" dans le champ de vision du premier, ce qui se traduira par un fort vignettage. Si on utilise un téléobjectif, le champ de vision étant beaucoup plus reserré, on limite ce risque. En revanche, les téléobjectifs ont souvent une lentille frontale plus grande, et il sera alors plus difficile de trouver un second objectif adapté.
  • Avoir une lentille frontale le plus proche possible de l'extrémité du fût.

Le second objectif doit quant à lui avoir les caractéristiques suivantes:

  • Etre "sacrifiable". En effet, si l'on souhaite vraiment utiliser cet ensemble de façon régulière, ce deuxième objectif va devoir subir des modifications irréversibles. D'où l'intérêt d'utiliser un vieil objectif inusité.
  • Avoir une lentille frontale d'un diamètre égal ou supérieur à celle du premier objectif, afin d'éviter le vignettage.
  • Etre le plus court possible, toujours dans le but de limiter le vignettage, et le plus lumineux possible
  • Posséder une commande mécanique du diaphragme, afin de pouvoir le bloquer en position "ouverture maximum".
  • Avoir une lentille frontale le plus proche possible de l'extrémité du fût.

De la fixation des objectifs et des modifications à y apporter

Dans un premier temps, pour tester le système, on peut se contenter de fixer ensemble les deux objectifs simplement avec un peu de bande adhésive solide. Cela permet de tester le couple d'objectifs et de vérifier qu'il convient. Il est très important de bien centrer les deux objectifs et de veiller à ce qu'ils soient bien alignés.

Dans un deuxième temps, on peut envisager une fixation plus définitive en collant le second objectif sur un filtre (ou une bague porte filtre) dont le pas de vis est adapté à l'objectif primaire. Evitez la cyanocrylate qui en séchant laisse un dépot blanchâtre sur tout ce qui l'entoure (y compris les lentilles !). Cela permet de visser ou dévisser à volonté le second objectif sur le premier. Il existe aussi des bagues spécialement conçues (mais difficiles à trouver) présentant un pas de vis adapté au premier objectif d'un côté, et au second objectif de l'autre côté. Ce genre de bague peut également se fabriquer en fixant ensemble (colle, soudure, vis...) deux bagues porte-filtre de diamètres adaptés aux objectifs.

Pour ma part, et après avoir testé un peu toutes les solutions, j'ai opté pour un collage des deux objectifs directement l'un sur l'autre. En effet, mon objectif primaire est un objectif que l'on m'a donné parce qu'il avait subi un choc et sa bague de zoom était coincée. Je n'ai donc eu que peu de scrupules à lui donner ainsi une seconde vie, et ce faisant j'ai gagné quelques milimètres occupés par la bague porte-filtre, ce qui a réduit le vignettage.

En plus de la fixation des deux objectifs, il faut également faire en sorte de laisser le diaphragme de l'objectif secondaire le plus overt possible. En effet, le contrôle de l'exposition est effectué via l'objectif primaire, et généralement, la position de repos du diaphragme d'un objectif non connecté est la position fermée. Pour ce faire, il suffit de manoeuvrer la petite patte métalique existant sur les anciens objectifs (elle tend à disparaitre sur les objectifs spécialement conçus pour les appareils numériques qui pilotent le diaphragme électroniquement). Il faut ensuite fixer cette petite patte de façon à ce qu'elle ne revienne pas dans sa position de repos.

Pour les essais, un bout d'allumette ou de cure-dent peut faire l'affaire. en revanche, une fois le couple d'objectifs trouvé, on peut mettre un point de colle sur cette patte, ou même, comme j'ai fini par le faire, démonter complétement l'objectif secondaire et lui retirer tout ce qu'il a en trop, dont le diaphragme.

Avantages

Le principal avantage de ce bricolage est son moindre coût. Il permet d'obtenir des rapports de grandissement impressionnants pour quelques euros, et ainsi de découvrir la macro sans se ruiner. Un autre avantage en découlant, c'est que vu son prix modique, on n'hésite pas à utiliser cet objectif macro dans des situations parfois "dangeureuses" pour le matériel: Pluie, poussière, etc... On hésite moins également à "enfoncer" l'objectif dans un buisson par crainte de rayures ou de salissures. Cela permet d'obtenir des points de vue insolites, où des insectes sont vus du bas d'une touffe d'herbe ou au coeur de l'entrelacs d'un roncier.

Inconvénients

La liste des inconvénients est plus longue, mais vu le prix de cet objectif macro, on s'en accomode très bien, surtout si on le considère comme un outil expérimental destiné à une première approche de la macro. D'ailleurs, certains de ces inconvénients ne sont pas propre à ce bricolage, mais inhérents à la macro. Ils sont simplement plus marqués avec cet objectif:

  • Vignettage: Cela dépend du couple d'objectifs choisi, mais il est probable que vous ne puissiez pas vous débarasser d'une perte de luminosité plus ou moins importante dans les coins de l'image. Pour m'en affranchir, j'ai prit le parti de recardrer mes photos au format carré, en supprimant tout simplement les bords sombres, pour ne garder que la partie centrale, plus lumineuse.
  • Faible luminosité: Encore une fois, cela dépend des objectifs choisis, la frontale de l'objectif macro ainsi formé étant en fait la lentille de sortie d'un objectif standard (donc plus petite), moins de lumière entre dans l'objectif. Comme de plus la surface photographiée est très petite, elle reçoit (et renvoie) très peu de lumière. Il est donc presque impossible de se passer d'un flash, sauf à travailler sur trépied et à photographier des sujets statiques.
  • Mise au point: La course de la bague de mise au point est trop courte, et n'a quasiment aucun effet. Pour faire la mise au point il est beaucoup plus pratique et rapide de déplacer l'appareil. Ainsi, en s'éloignant ou en se rapprochant du sujet, on le fait entrer dans la zone de netteté. C'est parfois un peu compliqué parce que le flou de mise au point est tel lorsque l'on est hors de cette zone qu'il est très difficile de trouver des repères pour savoir si on est trop près, trop loin, trop a droite ou trop à gauche, etc... A force d'habitude, on vise avec les deux yeux, et on corrige mentalement la paralaxe due à l'écart entre ceux-ci, mais ca demande un peu d'entraînement.
  • Distance minimale de mise au point. Je dis minimale, mais c'est aussi la distance maximale à un ou deux milimètres près. Cette distance peut être très faible (mais en contrepartie on a un fort grossisement). Dans mon cas elle est d'environ 4 centimètres. Quand on veut photographier des insectes farouches, il est extèmement difficile de les approcher à une si faible distance. Néanmoins, beaucoup d'animaux sont plus sensibles aux mouvements qu'aux formes, et moyennant une très grande patience, il est possible de s'approcher très très lentement (et de plus en plus lentement au fur et à mesure que l'on se rapproche) jusqu'à atteindre cette distance de quelques centimètres sans qu'ils ne s'enfuient. Je pense que c'est une bonne école d'approche des animaux, et la difficultée ne donne que plus de valeur aux images !
  • Profondeur de champ: Elle est très faible. Quelques milimètres au plus. Cela oblige à diaphragmer au maximum, ce qui accentue le problème de faible luminosité de l'objectif. Typiquement, j'utilise le mien constamment à f/32 (enfin, j'affiche f/32 sur l'objectif primaire). A de telles valeurs, un autre problème survient en numérique: Les poussières sur le capteur sont très visibles et gênantes. Cela oblige à un travail de nettoyage des images dans un logiciel après la prise de vue. Cela peut-être fastidieux quand il faut éliminer des dizaines et des dizaines de pétouilles de formes et de tailles diverses sur chaque image.
  • Le flash: Comme indiqué plus haut, le flash est quasiment indispensable. De plus, le flash intégré au boîtier, ou même un flash installé sur la griffe porte-flash n'est pas utilisable. En effet, le sujet étant tellement près de l'objectif, ce dernier fait écran à la lumière. Il faut donc utiliser un (ou plusieurs) flash déporté, soit tenu à la main (ce qui ne laisse qu'une seule main pour tenir le boitier, ce qui est source de tremblements et donc de flous importants vu la faiblesse de la profondeur de champ), soit fixé de telle sorte que l'objectif ne soit plus entre le sujet et le flash. Après avoir expérimenté la première solution dans un premier temps, j'ai finalement opté pour un système de fixation du flash directement sur l'objectif, dirigé directement vers la zone de netteté située à 4 centimètres devant celi-ci.

Mon premier objectif macro

Voici une photo de l'objectif macro que j'ai réalisé selon le principe décrit ici. Il m'a presque rien coûté puisqu'il est fabriqué à base d'un Nikkor 35-70mm que l'on m'a donné car sa bague de zoom ne fonctionnait plus après un choc. Je l'ai démonté, bloqué le zoom en position 70mm, et remonté. Concernant la bague de mise au point, je l'ai verrouillée sur la position qui produit le moins de vignettage, et je fais la mise au point comme indiqué plus haut, en me rapprochant ou m'éloignant du sujet. L'objectif secondaire est un vieil objectif de marque indeterminée, acheté une bouchée de pain dans un vide-grenier. Il s'agissait d'un 50mm, dont j'ai retiré tout ce qui me parraissait inutile pour l'usage que je voulais en faire. Ce qui explique son aspect peu orthodoxe, et m'a permi de réduire au maximum le vignettage en raprochant au plus les deux lentilles frontales. La bague que l'on voit entre les deux n'est pas le système de fixation des deux objectifs, comme on pourrait le croire. Il s'agit en fait d'un support pour les deux flashs déportés qui sont dirigés vers le sujet. Je l'utilise souvent en lui adjoingnant un multiplicateur de focale, histoire d'augmenter encore le grossisement.

Exemples de photos prises avec un tel objectif

Les photos suivantes ont toutes été prises avec l'objectif macro ci dessus. La plupart ont été prises simplement avec un flash cobra déporté tenu en main. Les plus récentes l'ont été avec un système de flashs fixés directement sur l'objectif. Vous pouvez les retrouver en plus grand dans la galerie, section "Macro"


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